La bonne place

Être la bonne personne à la bonne place, au bon moment, peut procurer beaucoup de bonheur, même si tout n’est pas facile. Mais cette place quelle est-elle ? La société nous pousse à croire que le bonheur irait de pair avec l’échelon sur lequel nous nous trouvons sur la pyramide du succès ou du pouvoir.

L’objectif suprême serait donc de gravir au plus vite les différents niveaux afin d’atteindre le top et d’obtenir une place au sommet, dans le club des VIP qui ont réussi ! Mais ces places sont rares et chères, et l’injustice de la vie fait que certains sont mieux équipés pour y parvenir en comparaison aux autres. Les modèles économiques et la loi de la nature, en tout cas celle que nous voulons y voir, semble nous montrer que la seule philosophie de vie valable est la loi du plus fort ! Pour autant, ces gagnants sont-ils vraiment à leur place ? D’autant que Peter et son principe les attend au contour.

 
Dans ses lettres aux Églises, l’apôtre Paul s’attaque à cette question : quelle est ma place ?

Il écrit aux Romains, et par là même à nous aussi, et nous invite à avoir une juste estime de nous-mêmes (Rom ch. 12). Une estimation assez réaliste de qui nous sommes et de qui nous ne sommes pas. Nous devons veiller à ne pas nous surévaluer et à ne pas nous sous-évaluer. Il nous demande de ne pas suivre les raisonnements, les valeurs et les arguments du monde qui nous environne pour apprendre à nous connaître, mais à nous laisser transformer par le regard de Dieu sur nous. A découvrir comment Dieu nous a créé chacun, ce qu’il veut, qui lui plait et ce qui est juste et bon.
 
La comparaison aux autres et le jugement sur soi-même sont des fléaux qui nous détruisent. Ils sont aussi des cages ou des moules qui nous empêchent de nous développer tels que Dieu nous a voulu.
 
Dans ce texte Paul valorise d’abord le fait que nous soyons tous différents, puis que ces différences nous permettent d’être complémentaires et que cette complémentarité nous permet de vivre une valeur première pour Dieu : l’unité dans une harmonie.
A l’inverse, cela implique que si nous ne sommes pas différents et que nous essayons d’être tous aux « meilleures » places, nous ne pouvons pas être complémentaires, car nous sommes en compétition et donc nous ne pouvons pas non plus être unis.
Une des valeurs du monde actuel est l’individualisme qui pousse chacun à chercher d’abord son confort et ses avantages. Difficile à concilier avec l’idée de don pour l’unité du corps.

Par contre une autre approche, l’individuation, nous encourage à devenir l’individu que nous sommes, et à le développer dans l’intérêt commun. 

Paul semble nous encourager dans cette voie, mais dans sa 1ère lettre aux Corinthiens au chapitre 12, il ajoute un éclairage qui peut nous poser problème. Il dit que pour certains, être soi-même, vivre ses dons personnels et spirituels, cela a pour conséquence d’être peu considéré, d’être jugé petit, méprisable et indigne par les autres et le monde. Qui choisirait d’assumer un rôle ingrat et de prendre une place tout en bas de nos échelles de jugement ? Qui oserait dire que c’est sa destinée ?

Le corps du Christ devrait être ce lieu où les moins valorisés sont les mieux respectés et soignés. Je vous invite à relire ces chapitres 12 de la lettre aux Romains et de la 1ère lettre aux Corinthiens, et si cela vous titille prenez encore le sermon sur la montagne (Matthieu Ch. 5). Il y a de quoi interroger nos valeurs et nos ambitions. Mais il y a aussi de quoi nous aider à trouver et assumer notre place sans se prosterner devant les diktats de la soi-disant réussite et la reconnaissance que nous espérons y trouver.

 

Pascal Grosjean

 


Galerie

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des offres et services adaptés à vos centres d'intérêt. Consultez notre politique de protection des données.