Un ligueur sous les projecteurs - Philip Ribe

Philip Ribe écrit pour l'Express'O. Lui, qui pensait que les guides bibliques étaient une façon d'éviter de réfléchir par soi-même, rédige depuis près de dix ans. Portrait d'un rédacteur qui taille ses textes jusqu'à l'os, pour que l'essentiel reste.

Comment es-tu devenu rédacteur pour l’Express’O ?

Pierre-Yves Zwalen était mon éditeur et, surtout un ami, il m’a proposé de faire un essai. J’ai d’abord refusé, j’avais cette étrange idée — que j’ose à peine exprimer ici — que ce format servait d’alibi pour les lectrices et les lecteurs qui ne voulaient pas prendre le temps de réfléchir par eux-mêmes… une sorte d’Indulgence en libre accès.

Pourtant, la curiosité a été la plus forte… j’ai tenté l’expérience et je suis tombé amoureux de cet exercice.

 

Pourquoi est-ce important pour toi de servir dans la rédaction des guides bibliques ?

Je ne me suis jamais vraiment posé cette question… mais je trouve ça très agréable et stimulant.

 

Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans l’Express’O ?

Paradoxalement, ce que j’aime dans le format et la ligne éditoriale de l’Express’O, c’est exactement ce qui m’a repoussé au début. S’accrocher au texte biblique sans faire référence au contexte, mais pourtant sans trahir le message général des Ecritures. C’est un exercice atypique. J’aime le défi d’écrire quelque chose qui ait du sens pour les personnes qui ne sont pas familières de la Bible. La consigne «décalé et un brin impertinent» me plait beaucoup.

 

"J'aime le défi d'écrire quelque chose qui ait du sens
pour les personnes qui ne sont pas familières de la Bible."

 

Comment prépares-tu une note pour l’Express’O ?

Je lis le texte proposé et prends quelques instants de méditation, plus pour me tourner vers Dieu, que pour « étudier le texte ». En général, ma plus grande difficulté est de choisir entre les multiples pistes qui me viennent à l’esprit.

La première mouture est toujours plus longue que ce que le format impose. Si je peux, je le laisse reposer quelques jours avant de passer à l’élagage. J’aime beaucoup ce temps d’affinage, il faut enlever tout ce qui n’est pas indispensable, tailler jusqu’à l’os pour qu’il ne reste que l’idée essentielle dans son plus simple appareil. Pour moi, qui aime habituellement écrire en utilisant énormément d’adjectifs, avec de longues phrases, en déclinant toutes les idées en multiples nuances… c’est un défi jouissif, passer d’un extrême à l’autre.

 

Comment fais-tu pour rendre un texte biblique accessible et parlant pour aujourd’hui ?

Je me demande d’abord en quoi ce texte ou l’idée qu’il contient rejoint ma vie concrète, pratique et comment j’en parlerai avec mes amis-es qui ne partagent pas spécialement ma spiritualité. En réalité c’est souvent de ces échanges que viennent ensuite les idées et le vocabulaire j’utilise dans les Express’O.

Je n’utilise aucune expression toute faite, tirée du vocabulaire traditionnel religieux. Je pars du principe que les personnes qui lisent ou plus souvent écoutent cette note n’ont aucune connaissance dans ce domaine. Le double intérêt étant que si elles n’ont effectivement pas cette culture, elles comprennent quand même, et si elles sont habituées à ce vocabulaire traditionnel, elles redécouvrent l’idée parce qu’elle est présentée dans un autre emballage.

 

Qu’est-ce que ça t’apporte de rédiger pour un guide biblique de la Ligue ?

Cela m’amène dans un rapport au texte biblique que je n’aurais pas sans ça. Le fait que le texte soit imposé est aussi très intéressant. Ça m’aide à sortir de mes «sentiers tout tracés» pour approcher de détails dans les textes qui ne m’auraient peut-être pas interpellé en les étudiant traditionnellement dans le contexte et l’ensemble du livre. 

 

Est-ce que rédiger pour les autres change ta manière de lire la Bible ?

Non, pas vraiment, même si je sais que j’écris pour que d’autres lisent ou écoutent, j’écris toujours d’abord pour moi. Je suis incapable de partager ce qui ne me touche pas personnellement.

 

Qu’aimerais-tu dire aux lecteurs de l’Express’O ?

Je les remercie de prendre le temps de nous écouter, et je les encourage à être toujours plus curieux, à réfléchir par eux-mêmes. Le format Express’O peut être une porte d’accès à une façon de vivre où la spiritualité n’est pas compartimentée à des lieux ou des moments « religieux », mais s’intègre dans la vie « normale » et accompagne toutes nos journées.

 

Propos recueillis par Philippe Eon Duval (reponsable communication)


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